Je marchais d’un pas tranquille avenue de Toulouse lorsqu’une délicieuse odeur de guimauve me chatouilla les narines. J’étais proche de la confiserie Deleuze, fabricant de guimauves, de réglisse, de chocolats et de bien d’autres choses encore pour régaler les palais. Nous étions proche de Pâques. Aussi les clients se faisaient nombreux dans le petit magasin. En attendant mon tour, mon regard parcourait avec gourmandise toutes ces friandises ayant le goût de mon enfance. La sonnette du magasin annonça l’arrivée d’un nouveau client. Je me retournai et fus frappée de stupeur. C’était une femme d’une soixantaine d’années qui me ressemblait trait pour trait. La seule chose qui me différenciait d’elle, c’était l’habillement. J’avais du mal à détourner mon regard de son visage où s’affichait un doux sourire. Je murmurai un bonjour auquel elle répondit joyeusement en ajoutant en regardant la file d’attente qu’il y avait beaucoup de gourmands aujourd’hui. J’acquiesçai tout en reprenant une grande inspiration tant cette ressemblance me troublait profondément. Avais-je une sœur jumelle inconnue jusqu’alors ? Je choisis de lui parler de banalités avant de lui poser des questions plus intimes qui envahissaient mon esprit : « Venez-vous souvent dans ce magasin, je ne vous ai jamais vu auparavant ? » En gardant son sourire elle me répondit : « Je viens souvent quand ma petite fille me rend visite, car elle adore les petits paquets, vous savez ces brisures de guimauve et de réglisse que Deleuze met dans du papier kraft et vend à un prix dérisoire. Quand elle repart avec, j’ai l’impression qu’elle emporte un trésor. Elle doit me rejoindre d’ici quelques minutes, elle va choisir son rameau, voyez derrière vous ces petites baguettes colorées où sont suspendus plusieurs personnages en chocolats. » Je connaissais bien ces rameaux, j’en avais chaque fois à Pâques, mais par pudeur ou ne voulant pas partager mes souvenirs d’enfance, je ne dis mot. Elle continua à parler sur l’ambiance d’antan du magasin, des vendeuses vêtues de leur tablier blanc et de leur petit bonnet blanc sur la tête, de leur façon de servir, en ponctuant toutes les phrases par un « Madame ». Je chuchotais que moi aussi leur « Celui-ci Madame », « Encore un peu Madame », « Vous faut-il autre chose Madame » m’amusaient beaucoup. Puis sans transition, je soulignai notre ressemblance et lui demandai si elle n’en était pas troublée. Dans un léger éclat de rire, visiblement amusée par ma question, elle me dit que chacun avait un sosie dans le monde et que nous deux nous avions la chance de nous être rencontrées. Je m’apprêtai à lui poser des questions sur ses origines, son lieu d’habitation, quand un « Madame que puis-je vous servir ?» m’interpella. Le temps de faire mes achats qu’une autre vendeuse s’occupait de « mon sosie ». Je sortis du magasin en lui faisant un signe de tête. Déçue de ne pouvoir en savoir plus, je ne prêtai pas attention à l’enfant qui venait d’entrer et se rapprocher d’elle. Ayant du mal à quitter les lieux, je fis mine d’admirer la devanture tout en observant cette dame et sa petite fille. Il semblait y avoir une grande complicité entre elles, leur discussion était joyeuse. Soudain la petite fille se retourna pour montrer le rameau qu’elle avait choisi. J’aperçus alors son visage ou devrais-je dire mon visage d’enfant. Je faillis faire un malaise, je m’appuyai contre la devanture et la fraicheur de la vitre m’aida à me ressaisir. Je jetai à nouveau un coup d’œil dans le magasin. Celui-ci était vide, pas une friandise, pas une vendeuse avec son petit bonnet blanc, pas un client. Je réalisai alors que je venais de vivre un rêve éveillé devant cette boutique. J’y avais vu moi petite fille avec ma grand-mère, d’où cette flagrante ressemblance. Les larmes me montèrent aux yeux, je glissai ma main dans la poche en quête d’un mouchoir mais j’en sortis à ma grande surprise un petit paquet kraft de guimauves et de réglisses.
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